Parcours Vélopatrimoine de Leblanc à Lupin

24 Rue Guillaume le Conquérant, 76480 Jumièges

Description

Vous avez privilégié le vélo pour aller à la découverte de la vie et de l’oeuvre de l’écrivain normand Maurice Leblanc (1864-1941), soyez-en félicités ! Mais pourquoi partir à vélo avec Maurice Leblanc, me direz-vous ? Parce que la « petite reine » s’est imposée pour la création de ce parcours, du fait de la personnalité de l’auteur et des événements clés qui ont marqué son existence. Dès le lycée Corneille, où il étudie de 1875 à 1882, il aime sillonner les routes aux alentours de Rouen sur sa bicyclette. À presque trente ans, en juin 1894, Maurice Leblanc publie dans le Gil Blas, journal à gros tirage de l’époque, une chronique intitulée « Elle », vibrant hommage à la bicyclette. Alors bonne route !

Clientèles acceptées

  • Individuels

Points d'intérêt

Points d'intérêt

11. JUMIÈGES ET MAURICE LEBLANC, LE VERT PARADIS DE L’ENFANCE

Lorsque Maurice Leblanc voit le jour à Rouen, le 11 décembre 1864, ses parents, Émile Leblanc et Blanche Brohy, ainsi que sa sœur Jehanne, d’un an son aînée, demeurent rue de Fontenelle. En 1870, la famille déménage rue de l’Impératrice (actuelle rue Jeanne d’Arc) puis s’installe rue du bailliage dès 1873. Leur appartement donne sur le square Solférino (actuel square Verdrel), lieu de promenade et de jeux prisés des jeunes citadins, auquel Maurice demeurera attaché toute son existence au travers de nombreux souvenirs. Pour les vacances, la famille, qui s’agrandit en 1869 d’une petite sœur prénommée Georgette, séjourne à Jumièges chez Ernestine et Achille Désiré Poulain, tante et oncle maternels de Maurice. Là, depuis les pièces de la maison de brique et de pierre aux dimensions relativement imposantes, l’enfant côtoie bien plus qu’un square public enserré dans un tissu urbain dense : le vaste parc de l’abbaye de Jumièges.
L'ABBAYE DE JUMIÈGES, ENTRE LEÇON DE CHOSES ET GOÛT DE L'AVENTURE
En 1933, à près de soixante-dix ans, Maurice Leblanc dans une lettre adressée à un ami se souvient : « Le seul nom de Jumièges a toujours été pour moi la plus douce évocation de mon enfance ; jusqu’en 1882, j’y demeurais enfant et adolescent, durant la plus grande partie de mes vacances. » S’il avoue qu’il n’a pas « au plus profond de [s]a sensibilité, d’image plus éblouissante et plus impérieuse que celle des ruines de Jumièges », il garde également un souvenir prégnant de certains des habitants du bourg sur lesquels il posait son regard empli de sympathie et de curiosité : « le père Paumier, instituteur à la retraite, vénéré pour ses albums d’autographes et le rocher qu’il édifiait patiemment dans son jardin avec des cailloux recueillis au cours de ses promenades ;<br>Aux yeux du jeune Maurice, l’enclos abbatial prend des allures de monde merveilleux. Les personnes qu’il rencontre lui semblent des héros, telle la propriétaire Madame Lepel-Cointet, qualifiée de « haute et puissante dame ». Le spectacle de la nature et de l’art provoque ses premières émotions esthétiques voire ses premiers questionnements métaphysiques.<br>Adulte, Maurice Leblanc n’oublie ni Jumièges, ni son abbaye, ni sa presqu’île : il signe quelques-uns de ses premiers contes publiés du pseudonyme de « l’abbé de Jumièges ». Il revient souvent au monastère et écrit dans le livre d’or « Maurice Leblanc, civis gemeticus ».
« Toute la beauté de la nature qui se mêle aux ruines et du passé qui s’entrelace au présent m’y fut révélée »<br>Maurice Leblanc
Sur le parcours, il y a : Le parc de l'Abbaye de Jumièges <br>Durant l’Ancien Régime, les jardins de l’abbaye de Jumièges étaient structurés autour du cloître, mais aussi autour d’espaces à vocation plus utilitaire que symbolique : le jardin potager, le jardin des simples et le verger-cimetière. Au milieu du 17e siècle, la construction du logis abbatial- indépendant des bâtiments conventuels - ajoute à l’ensemble de ces éléments, caractéristiques d’une abbaye bénédictine, un jardin d’agrément au tracé géométrique. La vente de l’abbaye comme bien national en 1796 entraîne un démantèlement du domaine que les nouveaux propriétaires, la famille Lepel-Cointet notamment, vont s’attacher à reconstituer puis aménager. La physionomie actuelle du parc est l’héritière directe des interventions conçues par les célèbres paysagistes Henri et Achille Duchêne, à partir de 1896, qui visaient en particulier à améliorer l’articulation entre les différents secteurs du parc et à insuffler à ce dernier une homogénéité d’ensemble. Aujourd’hui davantage que dans un jardin, le visiteur évolue dans un paysage.

22. Vie de Maurice Leblanc, entre tradition et modernité

La famille Leblanc appartient à la bourgeoisie commerçante rouennaise et l’éducation des trois enfants, Jehanne (née en 1863), Maurice (né en 1864) et Georgette (née en 1869) respecte la tradition et les valeurs qui y sont attachées. Leur mère, Blanche, née Brohy, est pieuse ; la première communion de Maurice est célébrée en 1876 à l’église Saint-Godard de Rouen. Le décès de Blanche en 1885 est vécu par Maurice et Georgette comme un déchirement et une tragédie. Pour autant, au 19e siècle, s’affranchir du joug parental pour trouver sa propre voie d’émancipation et d’épanouissement, s’apparente pour les jeunes femmes, plus encore que pour leurs homologues masculins, à un défi fort difficile à relever.
Le clan des divorcés<br>À ces difficultés familiales, Georgette ajoute celles provoquées par la nature de ses ambitions : elle souhaite devenir chanteuse.<br>Cette vocation est jugée dangereuse par sa famille. Son père l’autorise toutefois à cultiver ses multiples dons artistiques en travaillant l’orgue avec Klein, rue Ganterie à Rouen, et en étant l’élève du sculpteur Alphonse Guilloux.
Georgette raconte dans ses Souvenirs que pour être enfin libre, elle se marie, le 22 avril 1891, avec un espagnol, Bonaventura Juan Minuesa, négociant à Paris. Georgette envisage cette union comme un « mariage blanc », seulement destiné à la libérer de sa famille. Victime de violences conjugales, elle sortira de ce mariage « ornée d’ecchymoses » comme elle s’en souvient dans ses mémoires : « Je ne concevais pas dans quelles stratégies feuilletonesques je m’engageais. J’en sortis après une année de luttes […] Un docteur déposa une plainte au Parquet. On m’enleva, au nom de la loi, pour me mettre dans une maison de repos, rue du Ranelagh [à Paris]. ».
Sans qu’il s’agisse de violences aussi extrêmes, Jehanne et Maurice Leblanc connaissent, eux aussi, des difficultés conjugales qui aboutissent à des séparations, dès 1892 pour Jehanne et en 1895 pour Maurice. Du fait du divorce de ses trois enfants, le père de famille, Émile Leblanc, fait alors l’objet de sarcasmes et devient la risée du milieu bien-pensant rouennais.
Entre Maurice et Georgette se sont tissées dès l’enfance une confiance et une connivence réciproques que les difficultés de l’existence ne feront que renforcer. En mars 1901, Maurice Leblanc dédicace son nouveau roman, L’enthousiasme, à sa soeur Georgette.
Sur le parcours, il y a : Yainville et son église<br>Yainville est le théâtre d’une nouvelle pleine d’ironie et d’humour écrite par Maurice Leblanc et publiée dans le journal Gil Blas en 1892, Le Haï. Il y dépeint les turpitudes de son héros François Herledent.<br>Arrêtez-vous au pied de l’actuelle église paroissiale classée au titre des Monuments historiques dès 1846. L'église est édifiée à partir du 11e siècle en tant que prieuré de l’abbaye de Jumièges. Certains éléments caractéristiques de l’architecture romane sont encore bien visibles (opus spicatum* ; nef voûtée en forme de bateau renversé, …)<br>*opus spicatum : assemblage de pierres disposées en épi.
Le vélo, une passion pour Maurice Leblanc<br>En 1898, Maurice écrit Voici des ailes, un court roman qui nous mène à bicyclette à travers Normandie et Bretagne. Deux couples errent en quête de « ruines, de forêts et de sites pittoresques. » Le voyage est décidé dans un cercle cycliste du Bois de Boulogne. Il commence à Rouen et descend la Seine, avec des étapes à Jumièges, Caudebec et Saint-Wandrille. Les deux couples vont jusqu’à Veulettes, en passant par Cany, puis redescendent vers le Havre, où ils traversent la Seine. Ils découvrent L’Aigle, Mortagne, Alençon, Sées, Argentan, Falaise, Saint-Lô et « sa jolie cathédrale à chaire extérieure », Coutances, « la ville charmante aux églises incomparables », Granville et « les merveilleux<br>pays qui bordent le Mont Saint-Michel », Avranches, « cité féerique, reine de l’espace » … Ils s’attardent dans « la région convulsée* où se cachent les étranges villes de Mortain et de Domfront » avant de voir Fougères et Vitré, « cités de rêve et de cauchemar, chaos informes et splendides murailles séculaires » à côté desquelles Rennes leur paraît « d’un intérêt médiocre ».
Le titre, quelque peu surprenant à la première lecture, est explicité par Maurice Leblanc en ces termes : « Il s’agissait naturellement des ailes de la bicyclette, notre avion à nous […] On n’a pas assez dit ce que fut l’évasion de notre génération, quand apparut la vraie bicyclette à chaîne ; nous étions ivres de vitesse !». Et sous sa plume, l’engin conçu pour le sport et les loisirs se métamorphose en un support d’expériences physiques et métaphysiques.
L’ouvrage est bien accueilli dans les milieux sportifs et la presse spécialisée, comme l’atteste la conclusion d’un article paru dans le Journal des sports : « Maurice Leblanc voilà notre messie, celui qui passionnément chante enfin l’hymne à la bicyclette. » En revanche, certaines critiques sont beaucoup plus acerbes, telle celle du Mercure de France : « Le meilleur véhicule (ça rime avec ridicule) de l’adultère est encore la divine bicyclette. Petit roman snobique et charmant […] ».<br>À sa passion du vélo, Maurice Leblanc associe de temps à autre sa passion de la littérature lors de voyages qui le mènent sur les traces des grands écrivains, tels que Balzac et George Sand en dehors de la Normandie, et, bien sûr, Guy de Maupassant dans le pays de Caux ou Barbey d’Aurévilly dans le Cotentin.
*Région convulsée : zone à la géologie caractéristique dont le relief présente des formes parfois chaotiques.
« Mon cher Maurice Leblanc, j’espérais vous voir ces jours-ci à quelque chalet du cycle, pour vous remercier de votre livre Les Heures de mystère et vous dire combien le correspondant m’a fait plaisir. Vous appellerai-je digne héritier de Maupassant ? Non, parce que vous êtes un écrivain personnel et que cette métaphore a un peu vieilli. Mais oui, parce que Maupassant avait bien du talent quoi qu’en dise Goncourt, et qu’être son héritier, c’est être riche […] »<br>Jules Renard, 1896.

33. « Ce démon d’Arsène Lupin » (pause devant la bibliothèque municipale du Trait)

En littérature, la renommée de Maurice Leblanc est tardive. Avant 1905, année de la parution de la première aventure d’Arsène Lupin, l’écrivain normand a publié, sous forme de feuilletons ou en volumes, un nombre important de romans, de recueils de nouvelles ou de contes et légendes. Mais la plupart n’ont obtenu quasiment aucun retentissement immédiat. En 1891, c’est le cas du recueil de nouvelles Des couples, pourtant dédié « au maître Guy de Maupassant ». Une même misérable destinée accompagne les publications, chez l’éditeur Ollendorf, d’Une femme (1893) et de Ceux qui souffrent (1894). Toutefois, certains pairs et confrères font l’éloge des œuvres de Leblanc.
Sur votre chemin, vous allez aussi croiser : La cité-jardin du Trait<br>La commune du Trait doit son développement à l’implantation des chantiers navals Worms en 1917. Épousant la vallée de la Seine et combinant des bâtiments publics aux logements collectifs ou individuels, la cité-jardin du Trait, est édifiée à partir des années 1920, selon les plans de l’architecte Gustave Majou, afin d’accueillir les employés de l’usine. On retrouve, dans l’organisation de la cité-jardin, la hiérarchie de l’entreprise : dans les hauteurs, les maisons individuelles des cadres, dans le bourg, les petites maisons jumelées ou individuelles des ouvriers. Faux pans de bois, tuiles, toitures débordantes…, tous ces éléments relevant du style régionaliste normand donnent un caractère pittoresque au site. 
Une cité-jardin : qu’est-ce que c’est ?<br>Concept né en Angleterre au début du 20e siècle, la cité-jardin est un modèle d’architecture et d’urbanisme qui propose une nouvelle manière de penser la ville et l’habitat social, en laissant une place importante à la luminosité et à la nature via des espaces verts publics et des jardins privatifs. 
« Mon cher Maurice Leblanc, j’espérais vous voir ces jours-ci à quelque chalet du cycle, pour vous remercier de votre livre Les Heures de mystère et vous dire combien le correspondant m’a fait plaisir. Vous appellerai-je digne héritier de Maupassant ? Non, parce que vous êtes un écrivain personnel et que cette métaphore a un peu vieilli. Mais oui, parce que Maupassant avait bien du talent quoi qu’en dise Goncourt, et qu’être son héritier, c’est être riche […] »  Jules Renard, 1896.
Mais la roue tourne pour Maurice Leblanc grâce à Pierre Laffite !
Ce dernier est actif dans le milieu sportif comme dans l’univers de l’édition. Dans son nouveau magazine Je sais tout, qu’il créé en 1905, les sujets abordés sont pluriels et les articles de forme variées. Avec cette revue, son objectif principal est avant tout de plaire au public. Pour le 1er numéro de Je sais tout, qui paraît en date du 15 février 1905, Laffitte demande à Leblanc, son ami cycliste et écrivain, de concevoir un récit d’aventures dans l’esprit de Sherlock Holmes. Outre-Manche, ces dernières ont un immense succès. Maurice accepte et rédige alors une courte nouvelle, L’Arrestation d’Arsène Lupin, qui est plébiscitée par les lecteurs. Leblanc venait d’engendrer le personnage du « gentleman cambrioleur » …pour le meilleur comme pour le pire…
Son « poignard d’Ingres »
Si Maurice Leblanc avait nourri le rêve de devenir un écrivain, il ne s’était jamais imaginé devenir un auteur populaire. Son désir le plus profond était d’écrire des romans psychologiques de qualité. Mais les aventures d’Arsène Lupin vont progressivement l’enfermer dans un genre littéraire éloigné de son idéal. « Maurice ne connait guère l’estime de ses confrères […] ce dont il souffre beaucoup. (…) Semblant être victime de son héros, Leblanc finit par désigner Lupin comme son « poignard d’Ingres ». Il détourne ainsi l’expression célèbre du violon d’Ingres désignant un loisir auquel on aime se consacrer. Il se confie au Journal de Rouen en ces termes : « Presque en dehors de moi, ce démon d’Arsène Lupin a pris ma plume…ce brigand a pris possession de ma vie. Parfois je le regrette. »

44. Georgette Leblanc et Maurice Maeterlinck, hôtes de l’abbaye

C’est certainement Maurice qui est le premier à parler du poète symboliste belge, Maurice Maeterlinck, à Georgette. Cette dernière, admirative de l’écrivain, que certains n’hésitent pas à qualifier de « Shakespeare belge » avant même qu’il n’obtienne le prix Nobel de littérature en 1911, met tout en œuvre pour le rencontrer. Elle se fait engager comme artiste lyrique au théâtre de la Monnaie à Bruxelles. Leur première rencontre a lieu le vendredi 11 janvier 1895 à un « souper après spectacle ». En dépit du caractère quelque peu austère et introverti du poète, une idylle ne tarde pas à naître. Durant l’été 1897, les amants passent des vacances dans l’Orne, où ils ont loué, aux portes de la ville thermale de Bagnoles-de-l’Orne, une petite maison appelée « la Montjoie ». Lorsque Maurice vient les rejoindre, tous les trois sillonnent les alentours…à bicyclette bien sûr ! 
À partir de 1899, le couple choisit de passer l’été dans le pays de Caux, à Gruchet-Saint-Siméon, au sud-ouest de Dieppe. Les premiers temps, les tenues vestimentaires assez extravagantes de Georgette surprennent les habitants. Il en est de même de sa jupe noire d’amazone et de son boléro à boutons d’or lorsqu’elle pratique le vélo.
En 1906, l’annonce de la vente de l’abbaye Saint Wandrille, désertée par les moines depuis 1901, retient toute l’attention de Georgette et Maurice. Pas assez fortunés pour l’acquérir lors des enchères du 18 septembre 1906, ils arrivent à la louer auprès du nouveau propriétaire, M. Julien Chappée, un industriel havrais et ami du dernier abbé dom Joseph Pothier. Ils s’y installent en mai 1907, non sans provoquer quelques réactions hostiles parmi les membres du clergé local. La vie de comédien et d’artiste étant encore souvent considérée à l’époque comme sulfureuse, la rumeur, non fondée, de leur excommunication circula même un temps !<br>
Le couple va passer tous ses étés à l’abbaye durant plus de dix ans, avec pour seule compagnie un secrétaire, un régisseur et deux domestiques. Ils se consacrent à leur art dans un site que Georgette apprécie particulièrement. Afin de mieux circuler dans ce vaste domaine Georgette fait l’acquisition d’un âne nommé Cadichon !
L’abbaye Saint-Wandrille<br>En 649, Wandrille, familier du palais du roi Dagobert, fonde un monastère qui prend le nom de Fontenelle, en référence à la rivière sur laquelle il est établi. Il est incendié par les Vikings en 852. Les moines s’enfuient en emportant les reliques de leur saint fondateur. En 960-966 ils reviennent sur site et reconstruisent l’église et les bâtiments conventuels, l’ensemble étant désormais placé sous le vocable de Saint-Wandrille. Au milieu du 13e siècle, l’abbaye est à nouveau victime des flammes. Les travaux pour rebâtir et décorer l’église et le cloître vont être longs, puisqu’ils ne sont achevés que dans les premières années du 16e siècle. Ce même siècle est ébranlé par les guerres de religion et l’abbaye pillée par les Protestants. Au 17e siècle, comme la plupart des abbayes bénédictines de Normandie, l’abbaye Saint-Wandrille est reprise en main par les moines mauristes*. Après la Révolution française, l’abbaye est vendue comme bien national. Achetée en 1791 par Cyprien Lenoir, elle est exploitée comme carrière de pierres ou affectée à diverses activités industrielles. En 1862, elle devient propriété d’un aristocrate écossais Lord Stacpoole. Sa fille, qui en hérite, décide de la revendre aux moines bénédictins de Saint-Martin de Ligugé, qui s’y réinstallent une première fois en 1894. Après une période d’exil en Angleterre consécutive à loi de 1905 portant séparation de l’Église et de l’État, la communauté monastique s’y établit à nouveau en 1931 et ce sans interruption jusqu’à nos jours.  
Moines mauristes : congrégation, crée en 1621, de moines bénédictins français connus pour leur érudition, qui a pour but de revenir à un régime monastique strict.
« Il était féérique de se promener ainsi à travers les siècles et les styles : on allait d’une chapelle de l’An Mil à la grâce d’un salon du XVIIIe siècle » Georgette Leblanc, Souvenirs.
Du théâtre à l’abbaye !
Leur présence à Saint-Wandrille est jalonnée par deux spectacles donnés dans les ruines de l’abbaye, qui marquent les spectateurs par l’originalité et la qualité de la mise en scène. Après une longue période de répétitions, Georgette réalise un rêve en interprétant, le 28 août 1909, le rôle de Macbeth, « sombredrame, tout plein de meurtres, de fantômes, de crimes et d’hallucinations », pour lequel « l’architecture [de l’abbaye], témoin d’un autre âge et [le] parc mystérieux étaient un décor fait à souhait ». L’auditoire est captivé, comme en témoigne un des journalistes invités : « Ceux qui ont vécu dans l’ombre ces instants magiques ne les oublieront pas. » L’année suivante, Georgette Leblanc et Maurice Maeterlinck veulent jouer Pelléas et Mélisande à Saint-Wandrille. Dans une de ses lettres à Maurice, Georgette admet que monter un tel spectacle dans ce lieu est un véritable défi à relever : « j’y pense jour et nuit…c’est difficile et passionnant car Pelléas se refuse aux réalités bien plus que Macbeth. Il me faudra changer, ajouter, compléter, pour recréer l’atmosphère et que le rêve ne s’arrête pas. ». Le succès est au rendez-vous et les journaux ne tarissent pas d’éloges.
« On a tout dit de cette admirable manifestation. Les grands journaux du monde entier ont crié leur admiration pour cette orientation nouvelle et unique de l’art du théâtre […] Nous avons admiré et salué bien bas cette fée de chez nous qui règne, l’été en pays de Caux et qui, pour le plaisir de quelques fervents privilégiés donne, une fois l’an, un coup de sa baguette magique. »
Entre les répétitions et les représentations, Georgette Leblanc et Maurice Maeterlinck reçoivent à Saint-Wandrille la visite de leurs proches et amis. Du côté de Georgette, il s’agit de Maurice Leblanc, bien sûr, et de sa sœur aînée, Jehanne. Quant aux amis, nombreux sont les écrivains et comédiens parisiens qui viennent voir les ruines de l’abbaye, parmi eux : Sarah Bernhardt, Lucien Guitry, Colette. […] Et même Marcel Proust, qui, pendant l’été 1907 passe à Jumièges et à Saint-Wandrille lors d’un voyage en automobile, à la recherche des cathédrales et abbayes normandes.
Mais les beaux étés s’assombrissent peu à peu. Le couple est secoué par des tempêtes. En 1919, la séparation est définitive, Maurice Maeterlinck venant d’épouser une jeune comédienne, Renée Dahon. Heureusement, la carrière de Georgette Leblanc connaîtra un renouveau !

55. Docteur Leblanc et Mister Lupin

Le succès public des aventures d’Arsène Lupin est tel qu’une pièce de théâtre en est tirée et jouée, d’abord à Paris, au théâtre de l’Athénée, pour plus de 200 représentations, puis en tournée dans toute la France. En Normandie, le spectacle est donné au casino de Cabourg, le 26 août 1909, en présence de Marcel Proust. À Rouen, la pièce est reprise durant la saison 1909-1910. C’est un véritable triomphe.Le personnage du « gentleman cambrioleur » fait désormais partie de l’imaginaire collectif. Il est quasiment devenu un mythe. En 1911, lorsque la Joconde du musée du Louvre est volée, certains journalistes interrogent Maurice Leblanc pour savoir si ce ne serait pas un nouveau coup d’Arsène Lupin !
Sur votre chemin, vous allez croiser : Le Marais du Trait
Sur 180 ha, le Marais du Trait est un site naturel remarquable. Le cœur du marais est occupé par des pâturages dédiés aux vaches écossaises. Un sentier de découverte de 3 km permet, dans un cadre préservé, de parcourir le marais à la découverte de sa faune et de sa flore. 
Afin de trouver le calme nécessaire à la création et pour s’éloigner du tourbillon de la vie parisienne, Maurice Leblanc a besoin de retrouver sa région natale. À partir de 1912, il passe une partie de l’été au château de Tancarville, monument historique dominant la vallée de la Seine récemment acquis par sa sœur ainée Jehanne et son mari Fernand Prat. Pour écrire, ses lieux favoris sont alors la tour d’aigle et la terrasse du château. Le site et son environnement boisé sont évoqués dans plusieurs de ses romans : Le Bouchon de cristal, La comtesse de Cagliostro et La Barre-y-va. Puis, à partir de 1915, il loue, aux beaux jours, la maison dite « le Sphinx » à Étretat. Mais le déclenchement du premier conflit mondial marque la fin de la Belle-Époque et plus rien ne sera jamais plus totalement comme avant.

66. Les dernières années de Maurice Leblanc

Trop âgé pour s’engager, Maurice vit la guerre à travers la lecture des journaux. Certaines images de destruction et de massacres le hanteront tout le restant de sa vie ; elles imprégneront ses futurs romans, tel que L’Éclat d’obus. Au sortir de la guerre, sa sœur, Georgette, séparée de Maeterlinck, part aux États-Unis pour tenter sa chance sur les planches, voire au cinéma. Ses essais seront gagnants.
Maurice Leblanc devient propriétaire de la villa de style néo-normand à Étretat, où il avait déjà pris ses habitudes. Il la rebaptise « Le Clos-Lupin », y pratique quelques modifications ou ajouts et surtout réaménage entièrement le jardin, tout en respectant certains des vénérables arbres qui l’ornaient. Au « Clos-Lupin », Maurice séjourne avec sa seconde épouse, Marguerite Worms, et leur fils, Claude. De Paris, ils rejoignent la Côte d’Albâtre, le plus souvent par le train, mais aussi parfois en automobile. Les années passant, l’écrivain a peu à peu remplacé la bicyclette par cet engin moderne à moteur pour ses déplacements les plus longs. Toutefois, il continue à aimer se promener à pied au bord de mer, sur les falaises et dans les valleuses* qui entourent Étretat.
*Valleuses : caractéristiques du pays de Caux, petites vallées sèches qui s’étendent généralement jusqu’à la mer
De santé fragile, Maurice est particulièrement frileux. Les habitants d’Étretat lui trouvent un air étrange lorsqu’en plein été, il sort vêtu d’un chaud pardessus et d’un chapeau d’hiver. C’est d’ailleurs une pneumonie contractée et mal soignée, alors qu’il est en visite chez son fils et sa belle-fille dans le sud de la France, qui l’emporte en 1941. Ironie de l’histoire ou symptôme du très fort attachement qui les liait depuis l’enfance, sa sœur Georgette décède quelque mois seulement après lui.
◊ Arsène Lupin, toujours en vie !
Quatre-vingts ans après la disparation de Maurice Leblanc, Arsène Lupin semble plus vivant que jamais : de nombreuses actions sont menées par sa petite-fille, l’association des Amis d’Arsène Lupin et les collectivités territoriales. Cela a permis notamment l’acquisition de la demeure de Maurice Leblanc, le Clos-Lupin, à Étretat.
Aujourd’hui des écrivains et cinéastes renouvellent la vision d’Arsène Lupin, du Code Lupin de Michel Bussi à la série Lupin de Netflix.

77. Mieux connaître l’œuvre de Georgette et Maurice Leblanc

Prolongez votre balade à vélo en vous plongeant dans les œuvres de Maurice et Georgette Leblanc :
Maurice Leblanc
Une femme, 1893.
C’est le premier roman de Maurice Leblanc, écrit bien avant la naissance du personnage d’Arsène Lupin. Une femme est l’ouvrage qui traite le plus de la ville natale de l’auteur, Rouen. Il propose une plongée peu réjouissante dans cette ville à travers la destinée d’une jeune femme.
L’enthousiasme, 1901.
Roman fortement inspiré de la vie de Maurice Leblanc, il a pour sujet un jeune homme et nous livre plusieurs passages sur une ville imaginaire Saint-Jore-en-Houlme, considérée comme une transposition de Rouen.
Quelques aventures d’Arsène Lupin à (re-)lire avec la Normandie en toile de fond :
Le bouchon de cristal, 1912.
Parue en feuilletons, cette aventure, une des plus célèbres d’Arsène Lupin, a été écrite en partie au château de Tancarville qui sert de modèle au château de Mortepierre. Maurice Leblanc s’inspire de la légende de la côte des Deux-Amants à Amfreville-sous-les-Monts.
Le triangle d’or, 1918.
Ce roman, qui se situe pendant la Première Guerre mondiale, connait un grand succès. La même année, Maurice Leblanc achète « Le Clops Lupin ».
La comtesse de Cagliostro, 1924.
Pourquoi ne pas remonter la Seine en lisant cette « première aventure » d’ Arsène Lupin, qui était une des préférées de Maurice Leblanc ? Mêlant énigmes, Histoire etaventures amoureuses, c’est, sans nul doute, l’une de celles qui comportent le plus de références à la Normandie.
Georgette Leblanc
The Children's Blue Bird, 1913.
Georgette Leblanc adapte la pièce de Maurice Materlinck, L’oiseau bleu, en conte pour enfant, lorsqu’elle loge à l’abbaye Saint-Wandrille. L’ouvrage paraît en Angleterre en 1913 et est illustré par Albert Rothenstein.
Souvenirs (1895-1918), 1931.
Cette autobiographie est écrite durant ses séjours, avec sa compagne, Margaret Anderson, au phare de Tancarville. Elle y évoque, notamment, son amour pour l’abbaye Saint-Wandrille.
« OH ! L’AFFOLANTE SENSATION, ROULER, OULER COMME UN FANTÔME, EN SILENCE, VOIR À CHAQUE MINUTE UN PAYSAGE NOUVEAU, DESCENDRE DES PLAINES DANS LES VALLÉES, GRIMPER LE LONG DES COLLINES, GLISSER VILLE EN VILLE. »<br>Maurice Leblanc, Voici des ailes, 1898
La Métropole Rouen Normandie appartient au réseau national des Villes et Pays d’art et d’histoire.<br>Le ministère de la Culture, direction générale des patrimoines, attribue l’appellation Villes et Pays d’art et d’histoire aux collectivités locales qui animent leur patrimoine. Il garantit la compétence des guides conférenciers, des animateurs du patrimoine et de la qualité de leurs actions.<br>Des vestiges antiques à l’architecture du 21e siècle, les villes et pays valorisent les patrimoines dans leur diversité. Aujourd’hui, un réseau de 190 villes et pays vous offre son savoir-faire sur toute la France.
Le service Patrimoines propose aux habitants et aux touristes des visites guidées, des visites contées, des visites théâtralisées. Les visiteurs sont accompagnés dans leur découverte du territoire par des guides-conférenciers, des professionnels du patrimoine et du spectacle vivant.
Des activités pour le jeune public <br>Dans le cadre scolaire ou durant les vacances, un programme d'activités de découverte du patrimoine est proposé aux plus jeunes.
Et si vous êtes en groupe Rouen Normandie Tourisme &amp; Congrès vous accueille sur réservations<br>25, place de la Cathédrale -76000 ROUEN<br>Tél. : 02 32 08 32 40<br><a target="_blank" href="http://www.rouentourisme.com">www.rouentourisme.com</a>
Renseignements<br>Bureau d’information touristique de Jumièges<br>Rue Guillaume le Conquérant<br>76480 Jumièges<br>Tél. : 02 35 37 28 97<br>En mars, avril et octobre :<br>Du mardi au samedi de 9h30 à 12h30 et de 13h30 à 18h (sauf ouverture le mardi à 10h).<br>Ouvert le dimanche pendant les vacances scolaires.<br>De mai à septembre : Du lundi au dimanche de 9h30 à 12h30 et de 13h30 à 18h (sauf ouverture le mardi à 10h).
Abbaye de Jumièges<br>Rue Guillaume le Conquérant<br>76480 Jumièges<br>Tél. : 02 35 37 24 02<br>Du lundi au dimanche<br>Du 19 mai au 15 septembre de 9h30 à 18h30.<br>Du 16 septembre au 14 avril de 9h30 à 13h00 et 14h30 à 17h30.
Abbaye Saint-Wandrille<br>2, rue saint Jacques<br>Saint-Wandrille-Rançon<br>76490 RIVES-EN-SEINE<br>02 35 96 23 11
À proximité<br>Bernay, Dieppe, Fécamp, Le Havre, le Pays d’Auge, le Pays du Coutançais et le Pays du Clos du Cotentin bénéficient de l’appellation Villes et Pays d’art et d’histoire.
Document réalisé par la Métropole Rouen Normandie d’après ©DES SIGNES Studio<br>Coordination : Direction Culture, Service Patrimoines, Maud Baccara et Élodie Biteau<br>Textes : Bénédicte Duthion<br>Remerciements : Association des Amis d’Arsène Lupin, Archives et Musée de la Littérature de la Fédération Wallonie-Bruxelles, M. Jacques Derouard, Bibliothèque patrimoniale Villon, ville de Rouen, Archives départementales de Seine Maritime, Caroline Calpéna – Abbaye de Jumièges, Département de Seine-Maritime

Signaler une erreur
Suggestions de pages
Filtrer la recherche
Types de page
  • Tout
  • Articles
  • Agenda
  • Listes