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Cathédrale Benoit Eliot Octopus

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Benoit Eliot - Octopus

La Belle Dame

Lieu de transition entre la cathédrale et l’extérieur, la cour des Libraires compte parmi les endroits les plus envoûtants du centre historique de Rouen. Véritable écrin mettant en valeur le portail nord de la cathédrale, elle constitue un lieu particulièrement propice à la flânerie.

Une cour, des libraires

Au XIIIe siècle, l’emplacement de la cour est occupé par des propriétés de l’archevêque. En 1281, Guillaume de Flavacourt offre ce terrain aux chanoines afin de créer une entrée au nord de la cathédrale. La chapelle est détruite et remplacée par une imposante façade, encadrée de deux tours et percée en son centre d’une rose. Ce portail permettait aux chanoines de rejoindre rapidement la cathédrale lors des offices nocturnes, évitant ainsi les rencontres malheureuses. L’appellation portail des Libraires apparaît dès le XVe siècle. Une douzaine d’échoppes s’installe alors dans la cour. L’invention de l’imprimerie favorise l’essor de la profession, et Rouen s’impose rapidement comme un haut lieu de la fabrication du livre.

Une profusion de sculptures

La force esthétique du portail repose sur la profusion de sculptures, évoquant le début et la fin de l’humanité. Les bas-reliefs retracent la création de l’univers, suivie du péché originel. Le tympan et les parties hautes de la façade sont consacrés au Jugement dernier. Les grandes sculptures présentent des proportions élancées et gracieuses, typiques des années 1300. La renommée du portail des Libraires tient surtout à la présence de quelque 190 bas-reliefs, formant une véritable tapisserie ornementale. Chaque scène ou personnage s’inscrit dans un carré décoré d’un quadrilobe. Sur la ligne supérieure figurent la création de l’univers et l’histoire d’Adam et Ève. Dans les rangées inférieures, une véritable armée d’êtres hybrides – créatures monstrueuses, mi-humaines mi-animales – s’étale sous nos yeux. Saurez-vous retrouver la truie qui vièle, la sirène à son peigne et à son miroir, le bouc aux clochettes ou encore la centauresse aux ailes de chauve-souris ?

La gargouille de Rouen

La statue située sur le trumeau entre les vantaux rouges du portail, œuvre de Victor Fulconis en 1872 représente Saint-Romain accompagné de la Gargouille. Saint Romain, évêque de Rouen au VIIe siècle, est le saint patron de la ville. Son nom est étroitement lié à la légende de la Gargouille, une créature assimilée à un dragon aquatique, dont il aurait délivré la cité avec l’aide d’un prisonnier condamné à mort. En échange de son courage, ce dernier obtint la vie sauve. En souvenir de cet acte, le roi Dagobert accorda au chapitre de la cathédrale le privilège de gracier un prisonnier chaque année. La première mention attestée de ce « privilège de Saint Romain » remonte au début du XIIIe siècle, mais la tradition perdura jusqu’à la Révolution française.